Théophile Gautier

Théophile Gautier

Écrivain français, Théophile Gautier est né à Tarbes (Hautes-Pyrénées) le 30 août 1811.

On lui refuse d'habitude une place de premier plan parmi les écrivains de son temps et, en dehors de son Capitaine Fracasse, on ne le lit plus guère; il reste pourtant à la croisée des courants littéraires du XIXe siècle puisque, parti du romantisme flamboyant, il allait devenir en quelque sorte le fondateur du Parnasse, et l'inspirateur de la génération de poètes de 1850, parmi lesquels Baudelaire.

Il naît dans une famille honorable, ardemment royaliste, et son père, ancien et courageux officier des guerres napoléoniennes, fort lettré de surcroît, encourage ses premières tentatives poétiques. Jeune collégien à Paris, Théophile Gautier manifeste déjà bruyamment son aversion pour les classiques et son enthousiasme pour Villon, Rabelais, les Romains de la décadence, et surtout les poètes irréguliers et presque maudits du préclassicisme, dédaignés par la tradition littéraire depuis Boileau, et qu'il remettra plus tard en honneur — en particulier Saint-Amant — dans ses études sur Les Grotesques.

Gautier, à cette époque, hésite un peu sur sa carrière: il commence à écrire, fréquente également un atelier de peinture. Mais l'avènement de Victor Hugo décide de son avenir: il devient, en 1830, l'homme de main émerveillé du chef du romantisme, professant lui-même un romantisme excentrique, s'ingéniant à provoquer le bourgeois, portant habituellement gants jaunes, pourpoints de velours noir et chevelure mérovingienne descendant jusqu'aux épaules. Avant d'être écrivain, Théophile Gautier est déjà un personnage. Meneur des "flamboyants" à la première d'Hernani, pour insulter les classiques, les "grisâtres", il se fait couper le célèbre gilet rouge.

Quelques mois plus tard paraissent ses premières poésies, qui montrent déjà son habileté dans la description précise et colorée des objets et des paysages. La coïncidence de la révolution de Juillet empêche qu'elles soient remarquées, mais la légende naïve et démoniaque d'Albertus suscite, deux ans plus tard, l'enthousiasme des Jeune-France; les "philistins", en revanche, sont atterrés en 1835 par la préface de Mademoiselle de Maupin, aussi importante que la préface de Cromwell, où Gautier affirme sa religion esthétique, son culte de "l'art pour l'art", son parfait dédain de la morale, mais aussi celui des effusions sentimentales, de la poésie philosophique et sociale, des prophètes avec leurs rêveries de progrès, ce qui commence à séparer le "bon Théo" de ses amis romantiques.

Déjà, deux ans plus tôt, dans Les Jeune-France, il s'était moqué des habitués du cénacle qu'il réunissait dans son impasse du Doyenné, où l'on buvait dans un crâne en se livrant à toute sortes d'excentricités, atmosphère bien rendue encore dans La Comédie de la mort (1838), où le plus truculent romantisme s'unit au macabre le plus terrifiant. C'est aussi à cette période qu'il faut rattacher Le Capitaine Fracasse, paru bien plus tard et où l'on retrouve, dans une imitation romantique de Scarron, le penchant de Gautier pour l'époque Louis XIII.

Ami incomparable, "page de Hugo", compagnon de Balzac, c'est par amitié autant que par besoin d'argent que Théophile Gautier s'est fait critique, ayant écrit, dans un style ardent et riche, quelque deux mille feuilletons sur la littérature, la peinture, la danse aussi, qui restent la meilleure évocation de la vie artistique sous la monarchie de Juillet et le second Empire.

Un Voyage en Espagne, en 1840, met en mouvement toute sa sensibilité et lui offre ce décor coloré avec un pinceau autant qu'avec une plume. Mais il ne tarde pas à sentir que le public est las du romantisme. Il ne se contente plus de railler gentiment les grandes passions: il va rejeter tout le faste romantique des mots et des images où il avait excellé, pour s'enfermer volontairement dans les limites d'une représentation objective et impersonnelle. En 1858, il renouvellera le roman historique de Hugo avec son Roman de la momie. L'oeuvre capitale de la deuxième partie de sa vie est d'ailleurs Émaux et Camées, parue en 1852, et qui marque vraiment le début d'un art nouveau, dédaigneux des grands sentiments et de l'effet, éliminant complètement tous les élans du moi pour une recherche de la seule perfection formelle.

En miniaturiste qui refuse tout ce qui pourrait altérer la netteté de sa vision, Gautier s'enfermait volontairement dans une métrique brève, des strophes courtes, des rythmes peu variés. C'était un coup très dur porté à tous les épanchements et à toutes les éloquences des poètes de 1830. Ceux de 1850 allaient au contraire se grouper autour de Gautier, d'abord à L'Artiste, puis à La Revue de Paris.

Non seulement Charles Beaudelaire, mais Théodore de Banville, Louis Hyacinthe Bouilhet, Gustave Flaubert se réclamaient de Gautier. Ce qu'ils aimaient chez lui, c'était son sens de l'éminente dignité de l'artiste, son amour de la beauté plastique, une tendance à mêler la volupté et la mort, un exotisme, et surtout une véritable religion de la consolation par l'art, dont le plus grand fidèle sera Baudelaire, dédicaçant ses Fleurs du mal à Théophile Gautier comme "au poète impeccable", "au parfait magicien ès lettres françaises".

Mais l'influence du "bon Théo" allait atteindre aussi des poètes comme Leconte de Lisle: l'ode intitulée L'Art formulait en effet le credo le plus austère de l'école parnassienne. On ne saurait oublier enfin que, tout au long de sa carrière, Gautier a écrit des récits fantastiques (La Morte amoureuse, Arria Marcella, etc.) qui — selon le mot de Baudelaire — témoignent d'une "intelligence innée de la correspondance et du symbolisme universels".

Théophile Gautier est mort à Neuilly-sur-Seine le 23 octobre 1872, à l'âge de 61 ans.

Charles Baudelaire
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