Aldous Huxley
Aldous Huxley
Biographie : Vie et oeuvre de Aldous Huxley.

Romancier et essayiste issu d'une illustre famille anglaise, Aldous Huxley est né à Goldaming (Royaume-Uni) le 26 juillet 1894.

Son grand-père paternel, Thomas Henry Huxley, polémiste brillant, a été le compagnon de Charles Darwin et inventa le mot "agnostique". Son grand-père maternel, Mathew Arnold, important poète et critique, fit beaucoup pour améliorer l'éducation en Angleterre. Son propre frère Julian est tenu pour l'un des biologistes influents du XXe siècle.

Aldous Huxley suit ses études à Eton et Oxford. À seize ans, il devient presque aveugle: sa lutte contre la cécité marquera sa vie toute entière. Il apprend l'alphabet Braille, néanmoins sa mauvaise vue ne lui permet pas de devenir médecin, comme il le souhaitait. Malgré son recours à une méthode de rééducation de l'oeil d'un médecin américain, qui lui inspirera un ouvrage, L'Art de voir (1943), il n'aura jamais une vision normale.

L'obsession de voir davantage est récurrente et manifeste dans toute son oeuvre, et sans doute aurait-il fait un critique d'art remarquable; en tout cas, c'est ce que laisse deviner ses écrits sur différents peintres italiens, sur Le Greco, sur Toulouse-Lautrec, et même pour un film consacré aux lumières de New York. Lui-même s'essaiera un peu à la peinture, à différentes saisons de sa vie.

Cette voie l'incita peut-être peut-être à s'intéresser aux mystiques, auxquels il consacre un livre de recherches savantes, composé en grande partie de citations, La Philosophie éternelle (1945), puis à tenter l'expérience de la mescaline. Sur ce sujet, on lui doit deux livres: Les Portes de la perception (1954), dont le titre est emprunté à William Blake, et Le Ciel et L'Enfer (1956).

Faute de pouvoir aborder la recherche médicale, Aldous Huxley devient chroniqueur littéraire et critique dramatique. En 1919, il épouse une jeune Belge, Maria Nys, qui lui donne un fils, Matthew (Elle décèdera en février 1955 et il se remariera un peu plus tard avec une violoniste et psychotérapeute italienne, Laura Archera). Un article hebdomadaire pour un magazine américain suffit, semble-t-il, à assurer les besoins du couple, et permet au jeune écrivain de travailler avec toute la tranquillité et la continuité désirables.

Il publie ses premiers romans au début des années '20: Jaune de chrome (1921), Cercle vicieux (1923), Marina di Vezza (1925). Ces oeuvres, qui contribuent à la réputation du jeune auteur, sont des récits écrits par un intellectuel, brillants et d'une ironie comique. Les personnages en sont souvent des littérateurs ou de riches oisifs, et le romancier leur prête des échanges de vues qui conviennent à ses fins démonstratives. On a cru déceler le modèle de ses élégantes compositions chez Anatole France ou encore chez Marcel Proust. La référence aux satires romancées de l'Anglais Thomas Love Peacock, écrivain de la première moitié du XIXe siècle, semble moins sollicitée.

À cette période des débuts littéraires, Aldous Huxley publie aussi des recueils de nouvelles, comme Dépouilles mortelles (1922), et des essais dont le plus significatif est L'Ange et la Bête (1929), où l'on remarque cependant une touche de gravité morale et métaphysique qui amorce une transition.

Quelle est alors la position de Huxley ? Il veut être l'un des artisans d'une libération des moeurs et des pouvoirs (il ne cessera de s'opposer aux nationalismes et à l'omnipotence des États). S'il se garde bien de prêcher, il tisse devant nous un réseau de convictions où s'expriment le refus des valeurs post-victoriennes, le soulagement du premier "après-guerre", et tout simplement l'ivresse de sa propre jeunesse. De 1923 à 1930, il vit en Italie. Plus tard, il s'établit en France. C'est l'époque de son amitié avec D. H. Lawrence, dont il préface en 1932 un choix de lettres.

En 1937, il essaie de faire le point sur son époque dans La Fin et les Moyens, essai dont la perspective apparaît comme la première ébauche d'une synthèse toujours corrigée et recommencée. Il s'y définit comme un idéaliste rationaliste, et il énonce: à mauvais moyens, mauvaise fin.

En 1938, Aldous Huxley décide de s'installer en Californie (Etats-Unis), en partie pour des raisons de santé. Hormis quelques voyages, la plupart en Europe, c'est là qu'il vivra le reste de ses jours. La guerre de 1939 déclarée, cet Anglais résidant en Californie connaît des moments d'angoisse, mais son pacifisme n'en est pas altéré.

La première période de l'oeuvre d'Aldous Huxley — de 1921 à 1929, c'est-à-dire les romans du scepticisme allègre et les essais contemporains — s'achève et s'accomplit à son plus haut niveau dans Contrepoint (1928). Le titre peut s'entendre comme un hommage à la musique, qui toujours passionna l'écrivain, mais ce qu'il entreprend aussi, c'est une fresque où les angles de la vision s'appellent et se répondent, permettant ainsi à André Maurois de reconnaître un "roman-somme". C'est encore un roman semi-expérimental où l'on peut discerner l'influence des Faux-Monnayeurs d'André Gide.

La seconde période de l'écrivain doit se comprendre comme une interrogation anxieuse sur l'avenir de l'espèce humaine. Elle s'ouvre sur l'autre roman de Huxley retenu par la postérité: Le Meilleur des mondes (1932), une utopie prémonitoire où nos "lendemains qui déchantent" — situés en 2500 — sont montrées en proie à l'horreur des technologies scientistes. Un univers de surproduction, de surpopulation et de surconsommation, divisé en classes closes prédéterminées, et soumis à la devise "Communauté, Identité, Stabilité". En somme, la fin de l'individu, ou de la personne.

Aldous Huxley tient tant à ce sujet qu'il y revient plusieurs fois: explicitement dans l'essai intitulé Retour au Meilleur des mondes (1959), implicitement ici et là, puis avec des correctifs (où la science retrouve une certaine utilité) dans Temps futurs (1949) qui est une anticipation de l'ère post-atomique.

Quels remèdes propose-t-il en général ? Toujours les mêmes: le refus des guerres, la décentralisation (L'Île, 1962). Il revient sur ces questions concernant le tissu social dans son livre La Situation humaine (posthume, 1977), où sont rassemblées des conférences prononcées en 1959 à l'université de Californie. Cette oeuvre ultime résume la quête d'un esprit encyclopédique qui traça ses itinéraires en référence à une triple culture: littéraire, scientifique et religieuse, ou plutôt mystique et syncrétique, c'est-à-dire proche d'un certain taoïsme de La Paix des profondeurs.

Aldous Huxley est mort à Hollywood (Etats-Unis), d'un cancer de la gorge, le 22 novembre 1963.