Carl Gustav Jung
Christian Gaillard
Biographie : Vie et oeuvre de Christian Gaillard.

Psychiatre, psychologue et psychanalyste suisse, Carl Gustav Jung est né le 26 juillet 1875 à Kesswill (Canton de Thurgovie, Suisse).

Fils d'un père pasteur qui lui parut très vite décevant et d'une mère assez souvent énigmatique, le jeune Carl Gustav Jung se trouve dès sa prime enfance et tout au long de son adolescence aux prises avec des questions sans réponses sur les évidences pressantes de sa vie intérieure, les lois de la nature et les fondements de l'enseignement qu'on veut lui transmettre. D'où sa réserve précoce face à sa famille, puis à ses condisciples et à ses maîtres du collège.

Étonnamment attentif à ses rêves dont il gardera longtemps le secret mais qu'à la fin de sa vie il relatera très précisément dans son autobiographie — traduite sous le titre Ma vie --, il pense tout d'abord satisfaire son besoin de savoir en se vouant aux sciences naturelles, mais opte finalement pour la médecine, qu'il étudie à l'université de Bâle.

C'est au cours de ses études médicales que, parallèlement à son goût pour l'anatomie et la morphologie comparée, il cherche à comprendre des manifestations de spiritisme dont il se détournera après avoir observé la fraude d'un médium. Il en fera l'objet de sa thèse de doctorat sur La Psychopathologie des phénomènes dits occultes (1902, trad. L'Énergétique psychique) après avoir choisi de se spécialiser en psychiatrie, un choix assez peu valorisé à l'époque mais qui lui paraît pouvoir lier en une même recherche sons goût pour les sciences de la nature et pour les données de l'esprit, et qui répond aussi à sa découverte de l'oeuvre et du destin tragique de Friedrich Nietzsche.

En 1900, Carl Gustav Jung devient premier assistant de Eugen Bleuler, le pionnier des recherches sur la schizophrénie à l'hôpital universitaire du Burghölzli à Zurich, où il restera jusqu'en 1909. Au cours de ces années, il publie tout un ensemble de travaux de psychiatrie et de psychologie normale et pathologique qui lui vaut très rapidement une solide réputation internationale, notamment son Essai sur la psychologie de la démence précoce et ses Études expérimentales sur les associations, soit les trois premiers volumes de ses Oeuvres complètes.

C'est en 1907, alors qu'il enseigne depuis deux ans à l'université de Zurich, qu'il rencontre à Vienne Sigmund Freud, de dix-neuf ans son aîné, une rencontre passionnée de part et d'autre, qui les place d'emblée dans une relation impossible de filiation en même temps que de collaboration et de discussion parfois vive. En 1909, Carl Gustav Jung se rend avec Freud aux États-Unis, à l'invitation de diverses universités. En 1910, il devient président de l'Association Internationale de Psychanalyse et il est rédacteur en chef du Jahrbuch fur psychoanalytische und psychopatologische Forschung, fondé par Freud et Bleuler.

Au cours de ces années, ses relations avec Freud s'avèrent de plus en plus difficiles et, comme on peut le voir dans sa Correspondance, ses réserves, puis ses réticences, enfin ses vives critiques envers l'autoritarisme de Freud témoignent bientôt de l'impossibilité où il se trouve de couler sa propre recherche dans le moule qui lui est offert, et avec la publication en 1912, de Métamorphoses et symboles de la libido, il devient évident que l'inconscient, pour lui, ne saurait se définir par le seul refoulement et que ses productions ne sauraient donc être ramenées par l'interprétation à la seule histoire de la sexualité infantile. Ce livre provoque sa rupture définitive avec Freud.

Commence alors pour Carl Gustav Jung une période de solitude et de désorientation au cours de laquelle il se résout à ne plus rien avancer de théorique qui ne soit mis à l'épreuve de son expérience propre. Il décide de se vouer à l'étude empirique et exploratoire de ses propres rêves et fantasmes, et toute son oeuvre ultérieure restera marquée par cette confrontation singulière avec l'inconscient.

En 1916, paraît son étude sur la "fonction transcendante" (trad. L'Âme et le Soi) où, par référence à ce que les mathématiciens entendent par "fonction", il pose les bases d'une pratique dialectique qui permet de reconnaître sur le vif à la fois la relative autonomie du travail inconscient et ses effets de complémentarité et compensation. En 1921, il publie ses Types psychologiques où il propose une analyse systématique des "attitudes" et des "fonctions" qui orientent le conscient. Et en 1933, dans Dialectique du moi et de l'inconscient, il présente une vue d'ensemble de ce qu'il appelle le "processus d'individuation" au cours duquel s'opère la confrontation active avec l'"ombre", l'"anima" ou l'"animus" et le "soi".

Carl Gustav Jung voyage alors en Afrique du Nord, en Arizona et au Nouveau-Mexique, puis au Kenya. En 1929, grâce à sa rencontre avec le sinologue Richard Wilhelm, il découvre dans la tradition taoïste d'étonnants parallèles avec ses propres recherches et publie son Commentaire sur Le Mystère de la fleur d'or. Sa psychologie a trouvé à s'affermir par l'étude d'autres traditions culturelles et religieuses et sa conception des "archétypes" est maintenant bien établie: il ne s'agit pas d'images ou d'idées innées et toujours semblables à elles-mêmes, mais de structures inconscientes qui organisent les représentations et les comportements observables.

Au cours des années trente, Carl Gustav Jung accepte la présidence de la Société médicale internationale de psychothérapie dont le siège est à Zurich et dont un des groupes nationaux est le groupe allemand contrôlé par le régime nazi, ce qui lui sera reproché par certains. En fait, il a le tort évident de s'obstiner à parler alors des spécificités de la psychologie allemande par rapport à la psychologie juive comme il l'avait fait de la chinoise, mais, outre que son action institutionnelle vise clairement à sauver ce qui peut l'être encore des personnes et des idées, ses écrits de l'époque témoignent clairement de ses craintes et de ses mises en garde face aux débordements du moment: Aspects du drame contemporain et Problèmes de l'âme moderne.

Après la publication, en 1940, d'une série de conférences prononcées à yale (Psychologie et Religion) et, l'année suivante, de son Introduction à l'essence de la mythologie, commence, dès 1944, la dernière période de la vie et de l'oeuvre de Carl Gustav Jung, sans doute la plus féconde. Il rend publiques les patientes recherches que depuis plusieurs années, dans le secret de sa bibliothèque, il conduit sur la littérature et l'iconographie alchimiques dans leur rapports avec le christianisme et la psychologie d'aujourd'hui. Ce sera successivement Psychologie et Alchimie en 1944, la Psychologie du transfert en 1946, La Symbolique de l'esprit en 1948, Aïon en 1951, puis, en 1954, les Racines de la conscience et l'année suivante Mysterium conjunctionis.

Qu'on imagine pourtant pas le Jung des dernières années perdu dans ses grimoires et ses recherches érudites. En 1951, il se lance dans la rédaction d'une Réponse à Job où il analyse l'histoire de notre culture; en 1957 il publie Présent et Avenir, et l'année suivante Un mythe moderne, où il tente de rendre compte des bases psychologiques de la croyance aux OVNI; enfin, jusqu'à son décès survenu le 6 juin 1961 à Küsnacht (canton de Zurich, Suisse), il consacrera une bonne partie de ses dernières forces à son énorme correspondance et à la composition de son autobiographie.

L'édition de référence des oeuvres complètes de Carl Gustav Jung en allemand (Gesammelte Werke, dix-huit volumes et un volume d'index) a d'abord été entreprise par Rascher à Zurich puis poursuivie par Walter à Olten, en Suisse. L'édition anglaise correspondante (Collected Works) est assurée par Routledge anf Kegan à Londres (Royaume-Uni) et Univeristy Press à New Jersey (USA). Ses Oeuvres complètes sont traduites en français chez Albin Michel. S'y ajoutent la publication de sa correspondance avec Freud, celle de sa correspondance générale, enfin l'édition pro manuscripto par l'Institut Jung de Zurich de ses Séminaires de 1928 à 1941.

Cette oeuvre abondante et diverse fait l'ojet de recherches et de développements nouveaux notamment de la part des analystes membres de l'Association Internationale de Psychologie Analytique qui a été fondée par Jung en 1958 et regroupe une trentaine de sociétés nationales ou régionales dont la Société Française de Psychologie Analytique qui, avec le groupe d'études C. G. Jung de Paris, édite les Cahiers jungiens de psychanalyse.