Jean de La Ville de Mirmont
Jean de La Ville de Mirmont
Biographie : Vie et oeuvre de Jean de La Ville de Mirmont.

Écrivain français, Jean de La Ville de Mirmont est né le 2 décembre 1886 à Bordeaux dans une famille protestante de six enfants.

Son père, Henri de La Ville de Mirmont, est professeur de langue et de littérature latines à la Faculté de Bordeaux, traducteur de Cicéron, historien, auteur d'un volume de Contes mythologiques, et accessoirement conseiller municipal de Bordeaux. Sa mère, Sophie Malan, est quant à elle auteur d'un recueil de Contes de Noël.

De constitution délicate, handicapé par de graves problèmes de cécité, Jean de La Ville de Mirmont est solitaire et dépressif. Il tente une fois de se suicider en buvant de l'encre. Entre deux promenades au bord de la Garonne, il commence à écrire des poèmes. Après le bac, obtenu avec mention, il s'inscrit aux Facultés de Lettres et de Droit de Bordeaux où il fait entre autres la connaissance de François Mauriac. Sous la direction du professeur Fortunat Strowski, il consacre son mémoire de Licence de Lettres aux Essais de Montaigne.

En 1906, il devance l'appel et effectue son service militaire au 57ème régiment de ligne avant d'être réformé pour myopie.

En 1908, il s'installe à Paris où il devient rédacteur à la Préfecture de la Seine, puis à la Direction des Affaires départementales. Il s'y occupe d'un bureau chargé de l'assistance aux vieillards. Il retrouve ses amis d'enfance, André Lafon et surtout François Mauriac, avec qui il arpente longuement les rues de la capitale. C'est lui qui trouve le titre du premier recueil de poèmes de François Mauriac, Les Mains jointes. L'auteur de Thérèse Desqueyroux évoquera souvent son souvenir, notamment dans ses Nouveaux Mémoires intérieurs.

Les Dimanches de Jean Dézert, bref et unique roman en partie autobiographique inspiré de sa vie monotone de fonctionnaire parisien, paraît en 1914, quelques mois avant le début de la Première Guerre mondiale, préfacé par François Mauriac. De ce récit, il écrit alors à sa mère: "J'ai imaginé un petit roman qui m'amuserait beaucoup. Le héros de l'histoire serait absurde et tout à fait dans mes goûts. Ce sera désolant sous un aspect ridicule. Mon personnage est définitivement employé de ministère. Il habite mon ancienne chambre de la rue du Bac, en face du Petit Saint-Thomas, sous l'obsession d'un plafond trop bas. Il s'ennuie mortellement par faute d'imagination, mais est résigné à sa médiocrité. Pour essayer de se distraire, il emploie tout un dimanche à suivre les conseils de plusieurs prospectus qu'on lui a donnés dans la rue. Le matin, il prend un bain chaud, avec massage par les aveugles, rue Monge. Puis il se fait couper les cheveux dans un 'lavatory rationnel' de la rue Montmartre. Puis il déjeune rue de Vaugirard dans un restaurant végétarien antialcoolique. Puis il consulte un somnambule. Puis il va au cinématographe. Il dîne enfin au champagne à 2 fr. 75 aux environs de la barrière du Trône et finit sa soirée en écoutant une conférence gratuite avec auditons musicales chez un pharmacien près de la Gare du Nord. Je n'ai même pas la peine d'inventer."

Mobilisé avec le grade de sergent au 57e régiment d'infanterie, Jean de La Ville de Mirmont est envoyé au front en septembre 1914. Le 28 novembre, il est tué sur le plateau du Chemin des Dames à Verneuil-en-Champagne, à l'âge de 28 ans. Exhumé puis rapatrié du champ de bataille après la guerre, son corps repose aujourd'hui dans le caveau de la famille au cimetière protestant de la rue Judaïque à Bordeaux.

Outre Les Dimanches de Jean Dézert, Jean de La Ville de Mirmont laisse des contes, dont certains furent publiés de son vivant dans des journaux, et surtout un recueil de poèmes inédit, L'horizon chimérique, où il révèle dans des textes très baudelairiens son amour de la mer et son désir contrarié de devenir marin. L'ouvrage sera publié à titre posthume et mis en mélodies en 1922 par Gabriel Fauré.