William Morris
William Morris
Biographie : Vie et oeuvre de William Morris.

Peintre, écrivain et décorateur anglais, William Morris est né le 24 mars 1834 à Walthamstow (près de Londres, Essex, Royaume-Uni), où son père, enrichi par les commandes de l'industrie mécanique de l'Angleterre victorienne, est un agent de change prospère possédant des parts dans les mines de cuivre du Devon.

Il fait des études de théologie à Oxford, où il s'inscrit en 1852, après une enfance heureuse à la campagne et une adolescence sévère dans un collège. Il y rencontre le peintre préraphaélite Edward Burne-Jones, dont la religiosité romantique suscite en lui une crise mystique, bientôt vaincue par sa réflexion et son amour violent de la vie. De 1853 à 1855 sa pensée se précise. Fortement influencé par John Ruskin et Eugène Viollet-le-Duc, il étudie l'architecture et la peinture puis intègre la Pre-Raphaelite Brotherhood (PRB). Il découvre l'art gothique à travers les cathédrales de France et d'Angleterre.

Pendant plusieurs années, William Morris se consacre à la peinture (son unique oeuvre certaine est La Reine Guenièvre, 1858). À la même période, il commence à écrire des poésies inspirées des légendes du roi Arthur. En 1859, il épouse Jane Burden, modèle du peintre Dante Gabriel Rossetti. En collaboration avec l'architecte Philippe Webb, il construit à partir de 1860 sa propre résidence, la Red House, à Upton, un édifice néo-gothique sobre, véritable manifeste de ses théories architecturales et décoratives.

William Morris se distingue cependant vite de ses amis préraphaélites par un plus grand engagement social et un retour au gothique motivé par des raisons politiques de tendance libertaire. Il rend l'industrie responsable des conditions inhumaines de la vie des ouvriers et clame son aversion pour la machine. Il oppose la créativité de l'individu à une production de masse indifférente à la valeur esthétique. Ce sont les libres corporations des travailleurs, et non les cathédrales en elles-mêmes qui sont la raison fondamentale de son choix de l'époque gothique comme type d'une époque humaine et il importe, selon lui, de retrouver les coutumes et le système de production artisanale de l'époque médiévale où "l'artisan le plus humble était un artiste et le plus grand artiste un artisan". Fidèle aux théories du socialisme utopique anglais, il voit dans le retour au travail artisanal le moyen de dépasser l'aliénation de l'art par l'industrie. Sur le plan politique, convaincu de la nécessité d'un profond renouvellement politique et social, il adhère au Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx.

Estimant qu'il faut rehausser les arts décoratifs au niveau des arts majeurs et que l'activité de l'artiste trouverait une juste place dans le milieu des arts appliqués, il fonde en 1874 la Morris, Marshall, Faulkner and Co., rebaptisée Morris & Co en 1875, une société qui produit et vend tableaux, sculptures, meubles, tapisseries, tissus décoratifs et vitraux. En 1881, la Morris & Co s'installe aux moulins de Merton Abbey, près Wimbledon. Les conditions de travail offertes aux ouvriers sont infiniment supérieures à celles des autres entreprises de l'époque et les bénéfices leurs sont reversés. On le traite d'utopiste mais aussi de visionnaire. Le groupe des préraphaélites le suit dans cette entreprise et collabore bientôt avec lui dans son atelier artisanal d'art appliqué, baptisé Arts and Crafts, qui diffuse bientôt en Angleterre et sur le continent ses inventions décoratives où domine l'arabesque florale, annonciatrice du futur modern style. William Morris engloutit toute sa fortune dans l'entreprise. Un mouvement artistique du même nom suit, où s'illustreront entre autres des artistes comme Walter Crane, Edward Burne-Jones, Ford Madox Brown et Dante Gabriel Rossetti.

William Morris continue parallèlement de se vouer à la littérature et à la lutte sociale. Après un premier recueil de poèmes, La Défense de Guenièvre, publié en 1858, il fait paraître en 1868 les petits poèmes du Paradis terrestre et, en 1872, L'amour suffit, ou la Libération de Pharamond, moralité, où il tente de rénover la poésie allitérative. En 1876, il publie son long poème épique, L'Histoire de Sigurd le Volsung et parvient à terminer la longue et difficile traduction en vers anglais de L'Énéide de Virgile, suivie, onze ans plus tard, de celle de L'Odyssée d'Homère (1887).

Dans les années 1880, il mène une très vive campagne d'agitateur politique: brochures, conférences, comices, manifestes se succédent. En 1883, il adhère à la Social Democratic Federation marxiste dirigée par Henry Hyndman, puis co-fonde en 1885 la Ligue Socialiste (ancêtre du Parti travailliste anglais), dont il dirige le journal, The Commonweal. En 1890, il quitte la Ligue Socialiste pour fonder la Hammersmith Socialist Society. De ces années datent ses écrits sur l'art et la politique: Espoirs et inquiétudes pour l'art (1882), Art et Socialisme (1884), Chants socialistes (1885), Les Buts de l'art (1887), Signes d'un changement (1888), ainsi qu'un roman utopique intitulé Nouvelles de nulle part (1891). Il prend conscience que son projet de retour au travail artisanal ne réalise pas le programme d'un art populaire. Dans les termes où il tente de l'accomplir, il pose certes les bases nécessaires à l'éclosion du futur Art nouveau, mais il se traduit aussi par une production très chère et quantitativement limitée destinée essentiellement à une élite esthétisante. Il se persuade que, trop candide, il n'est pas fait pour le combat politique et abandonne progressivement la lutte tout en restant fidèle à ses idées.

Il se consacre désormais à l'art typographique et fonde en 1890 un atelier d'imprimerie et de reliure, la Kelmscott Press, où il créera de nouveaux caratères et publiera quelque 66 livres d'art. Ses éditions extrêmement raffinées, imprimées, enluminées et reliées à la main, dont notamment les Oeuvres complètes de Geoffrey Chaucer (1896), répandent le goût de la page gothique illustrée de riches motifs ornementaux. Ruiné mais célèbre, William Morris continuera ce travail d'éditeur d'art jusqu'à sa mort, qui survient le 3 octobre 1896. Ses travaux sur l'art et le socialisme, longtemps marginalisés et considérés comme purement utopiques, font aujourd'hui l'objet d'un regain d'intérêt.