Luigi Pirandello

Biographie Luigi Pirandello
Luigi Pirandello
Vieille Sicile

Éditions de La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0163-3
Prix : 5 euros
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Luigi Pirandello

Écrivain italien, Luigi Pirandello est né à Agrigente (Sicile) le 28 juin 1867.

Si la célébrité lui est surtout venue de ses oeuvres dramatiques, la poésie, le récit, l'essai et le théâtre sont des formes qu'il a constamment pratiquées et qui se mêlent tout au long de son oeuvre. Pirandello n'écrivait que sous l'empire d'impulsions soudaines, mais il les soumettait à une vigilante réflexion; il s'abandonnait au monde de la fantaisie, mais le disciplinait dans une composition qui contraint ses personnages à venir proclamer publiquement ce qui se cachait dans le secret de leur maison ou de leur conscience, à venir faire sommairement justice des autres ou de soi-même. Poète lyrique, il fut limité par son inclination à la morale et à une mélancolique sagesse atavique, fruit de la tradition sicilienne, avant de montrer un esprit aigu et malicieux; narrateur à la veine intarissable, il réduisit à des formes sommaires ses personnages qui, portés par une inspiration épique, allaient aveuglément mais avec confiance à la rencontre des innombrables événements de la vie.

Ces quatre aspects de son inspiration — poésie lyrique, essai, récit et drame --, s'ils facilitent la classification de son oeuvre et offrent un schéma de son évolution artistique, se retrouvent en fait tous ensemble dans chacune de ses grandes oeuvres. On peut laisser de côté ses premières poésies et ses essais, mais ce serait une erreur que de chercher à déterminer si Pirandello nouvelliste est plus ou moins grand que Pirandello dramaturge, car ce sont là deux moments nécessaires non seulement de son évolution poétique unique, mais du rythme interne de son écriture.

Il n'existe, par contre, aucune cohérence dans la chronique de sa vie, sauf en ce qui concerne sa discipline formelle et son travail acharné. Il étudia dans les universités de Palerme, de Rome et de Bonn où il obtint son doctorat de lettres et philosophie en 1891 avec une thèse de dialectologie romane écrite en allemand, et fut lecteur l'année suivante. Établi ensuite à Rome, il participa à la vie journalistique et littéraire et traduisit notamment les Élégies romaines de Goethe. À partir de 1897, il enseigna la stylistique comme suppléant à la chaire de langue et de littérature italiennes de l'Istituto Superiore di Magistero, poste dont il devint titulaire en 1908 et qu'il conserva jusqu'en 1922.

Une crise économique bouleversa son patrimoine familial qui était investi dans le commerce du soufre. La crise de démence de sa femme accabla sa vie conjugale. La gloire vint le soustraire aux angoisses de cette vie qu'il avait acceptée, mais quand il fut devenu écrivain de réputation mondiale, académicien et, en 1934, prix Nobel, il porta dans sa vie vagabonde d'homme de théâtre et de metteur en scène le même esprit de labeur acharné, et il opposa cette attitude sévère à tous les succès de sa vie littéraire.

Ce n'est pas par pure obligation envers la chronologie que l'on doit mentionner ses premiers recueils de vers: Mal content (1889), Pâques de Gea (1890) et Élégies rhénanes (1895), car, s'ils paraissent bien pauvres en face de l'extraordinaire floraison lyrique de la littérature italienne de cette époque, on y trouve cependant des thèmes qui réapparaîtront dans ses dernières oeuvres.

Parmi ses essais, nous ne citerons que: Art et Science, et Humorisme (1908), dont les titres, à eux seuls, sont significatifs. Ses romans sont: L'Exclue (1901),Feu Mathias Pascal (1904), Les Vieux et les Jeunes (1913), On tourne (1915, republié en 1925 sous le titre: Les Cahiers de Séraphin Gubbio, opérateur) et Un, personne et cent mille (1926). Les essais sont une réflexion apologétique sur sa propre activité littéraire. Les poèmes lyriques, outre l'influence de Giosuè Carducci et de Gabriele D'Annunzio, sont des notations autobiographiques ou épigrammatiques. Les romans ne sont que de longues nouvelles développées à l'infini et accompagnées d'un commentaire perpétuel.

Comme romancier, Pirandello imite l'ampleur des poèmes épiques qui multiplient les observations sur la multitude continuellement changeante des événements humains, bien que le détachement de la description et la tendance à l'apologue unifient cette infinie diversité d'un ton sentencieux. Faits et personnages sont juxtaposés dans une série presque infinie, décrits en deçà de cette substance religieuse propre à chaque être humain, et l'auteur semble répéter pour chacun d'eux ces Informations sur mon involontaire séjour sur la terre qu'il ébaucha vers la fin de sa vie et que l'on retrouva, dans trois dossiers, sous forme de notes.

Chaque nouvelle a, naturellement, une valeur en soi; c'est un fragment de matière mais pur comme la lumière, dur comme le cristal; Pirandello les a rassemblées dans une multitude de recueils dont les titres pourraient, à eux seuls, servir de clé à la compréhension de l'évolution de sa poétique. Leur titre définitif: Nouvelles pour une année (431 nouvelles, publiées en 15 volumes entre 1922 et 1928), "peut sembler modeste mais, au contraire, est peut-être trop ambitieux", dit-il dans l'avertissement.

Il semble que Pirandello ait répété dans le cycle de son oeuvre immense cet ample processus qui, au XVIe siècle, fit se muer en comédies les nouvelles des XIVe et XVe siècles. C'est ainsi qu'il reprend très souvent dans ses pièces les thèmes de telle ou telle de ses nouvelles, et transforme en dialogue ou monologue les faits qu'il avait racontés dans les limites parfaitement circonscrites et circonstanciées de ses récits.

Dès ses premières comédies, L'Étau et Cédrats de Sicile, le drame des "Masques nus" (titre qu'il a donné à toute sa production dramatique) est toujours le suivant: contraste entre l'illimité de la vie et les limites de la connaissance et de l'action. Ce secret une fois découvert, il s'appliqua à la composition de ses comédies avec la même ferveur qu'il avait mise à celle de ses nouvelles auxquelles, libre de tout travail scolaire, il se consacrait de huit à treize heures tous les dimanches matin.

Comme l'antithèse entre le moraliste et le dramaturge lui était devenue naturelle on pourra observer ces deux aspects de son caractère dans son théâtre. Le premier se manifeste sous forme d'apologues scéniques: Méfie-toi !... Giacomino (1916); Liolà (1916); Le Plaisir d'être honnête (1917); L'Homme, la bête et la vertu (1919), et de comédies, auxquelles on pourrait donner le nom de "comédies à thèses", où le sujet sert d'exemple à la sentence: Chacun sa vérité (1916); C'était pour rire (1918); Le Jeu des rôles (1918); Tout pour le mieux (1919); Comme avant, mieux qu'avant (1920); le second aspect se concrétise dans la trilogie du "théâtre dans le théâtre" dont la première comédie: Six personnages en quête d'auteur, "comédie à faire", (1921) est le noeud de toute la dramaturgie et de toute l'oeuvre pirandellienne, en même temps qu'un tournant de tout le théâtre moderne par le contraste entre les personnages qui possèdent une vie insupprimable et les acteurs qui, avec leurs conventions théâtrales, leurs costumes, ne peuvent combler l'infini; par le contraste entre les personnages et le public qui continuellement échangent leur rôle dans On ne sait jamais tout (1924), "comédie en deux ou trois actes avec intermèdes choraux"; par le contraste entre poésie et mise en scène dans Ce soir, on improvise... (1930), qui raille la présomption des inventions spectaculaires et fallacieuses.

Après Six personnages en quête d'auteur, le théâtre de Pirandello retrouve, grâce à la conquête de la vérité poétique, une liberté d'imagination, de réflexion et d'action qui permettra au dramaturge de développer des thèmes qui étaient demeurés latents dans ses premières productions. C'est le cas dans Henri IV (1922), qui dénonce le caractère irréductible de la vie dans les idoles historiques et le délit qui s'ensuit; dans Vêtir ceux qui sont nus (1922), qui raconte la fin pitoyable d'une vie qui avait mis l'illusion à la place de l'espoir, et dans L'Offrande au Seigneur du navire (1924).

Pirandello dépassa son agnosticisme provisoire pour nous donner les trois mythes de la foi dans Lazare (1928), celui de la nature éternellement maternelle dans La Nouvelle Colonie (1926), et celui de la créativité poétique dans Les Géants de la montagne (1936, inachevé). Il ne serait pas difficile de ramener à ces thèmes essentiels d'autres oeuvres de sa riche production. Le carduccianisme et le naturalisme ont moins influencé les débuts littéraires de Pirandello que le "crépuscularisme" et l'hermétisme. On peut voir de temps à autre dans son oeuvre des influences du "crépuscularisme", mais c'est là le cas pour toute la littérature italienne de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. On pourrait aussi les attribuer à une certaine pudeur et préférer les rapporter aux moeurs siciliennes auxquelles nous font penser, d'autre part, ses jeux de mimique et la puissance de ses masques qui perpétuellement couvrent et découvrent les visages. Parler de régionalisme sicilien serait cependant une erreur; la culture et les coutumes de son île natale font certes partie de l'expérience de Pirandello, mais son oeuvre puise ses sujets dans toute l'Italie et en donne une interprétation amère et douloureuse qui contraste avec la mythographie officielle de son temps. Ses paysages sont désolés; les hommes s'y confinent en eux-mêmes dans une solitude tantôt affligée et tantôt furieuse. L'influence du relativisme, qui triomphait dans les années de la gloire de Pirandello, fut beaucoup moins importante. Il faut surtout étudier cet auteur dans la perspective de l'expressionnisme, dont l'influence alla croissant sur le goût et les coutumes de l'entre-deux-guerres. Des thèmes et des symboles expressionnistes apparaissent dans quelques-unes de ses nouvelles et de ses pièces, où la vérité s'appauvrit dans une fixité anormale, et où les personnages s'expriment anxieusement par des gestes guignolesques et une loquacité qui délivre leurs secrets et tarit leur charge vitale jusqu'à leur complet épuisement. Derrière ses récits, on observe pourtant la présence d'une nature immortelle qui n'épuise jamais ses réserves de vie, et la dramaturgie qui s'est édifiée à la suite de son théâtre s'ouvre à la partie divine du personnage et à la consolation spirituelle.

En plus des oeuvres de Pirandello que nous avons déjà citées, rappelons: Chacun son tour (1902), Le Mari de sa femme (1911), A la sortie (1916), Le Béret à grelots (1917), La Jarre (1917), La Volupté de l'honneur (1917), La vie que je t'ai donnée (1923), La Fleur à la bouche (1923), Diane et Tuda (1926), Comme tu me veux (1930), Se trouver (1932), Quand on est quelqu'un (1933).

Luigi Pirandello est mort à Rome le 10 décembre 1936, à l'âge de 69 ans.

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